Le Gaec de la Chalandière à Herbignac (44), à deux pas du Morbihan, a investi dans un distributeur de lait cru. Objectifs : dégager un complément de revenu et créer du lien avec les consommateurs.
« L’idée de vente directe flottait dans l’air depuis quelque temps déjà » déclare Jean-Michel Anger, associé du Gaec laitier de la Chalandière à Herbignac. Avec son associé, Yohann Mahé, ils avaient déjà une première expérience avec la viande bovine issue de leur petit troupeau de charolaises. « Lorsqu’on a découvert le concept du distributeur sur Internet grâce à un cousin, il nous a tout de suite séduits. Nous avons rencontré M. Besnard qui importe des machines italiennes et nous sommes entrés en contact avec d’autres producteurs, dont un qui a installé un distributeur à Ploufragan. Cela nous a confortés dans notre volonté d’investir » affirme l’éleveur. Les deux associés avec un troupeau de 55 vaches laitières, un quota de 500 000 l et quelques charolaises, savaient disposer d’une petite marge en termes de temps de travail. « Le contact avec les clients, ça m’intéresse. C’est moi qui ai donc pris cette nouvelle activité en mains. Notre objectif premier était de créer un complément de revenu tout en valorisant mieux notre lait » explique Jean-Michel.
« Sur notre commune »
Après cette phase de recherche et de réflexion, l’éleveur a monté un véritable dossier économique destiné à obtenir des aides locales avec l’aide de sa fille étudiante. « Nous avons été accueillis à bras ouverts partout, mais au final, nous n’avons rien obtenu… Cela ne nous a pas empêchés de continuer et d’obtenir l’accord de notre banquier. » Ils ont ensuite cherché un lieu pour poser leur distributeur. « Nous souhaitions impérativement l’implanter sur notre commune, sur un lieu de passage, sans pour autant nous associer avec une grande surface » explique Jean-Michel. Le distributeur de lait cru du Gaec de la Chalandière a trouvé sa place près d’un parking, non loin d’une boulangerie et d’un café, en retrait d’un boulevard sur lequel circulent près de 7000 voitures par jour.
Desserts au lait cru
Jean-Michel Anger et Yohann Mahé ont opté pour le distributeur italien auquel ils ont ajouté une vitrine réfrigérée. Le tout a été installé en juillet 2009. « Nous vendons du lait tous les jours de la traite du matin. Le système est équipé de deux petits tanks mobiles de 300 l que nous remplissons sur l’exploitation. Après l’approvisionnement, nous ramenons le tank de la veille pour le nettoyer. La vitrine nous sert à la fois à vendre des bouteilles vides pour le lait mais aussi des produits laitiers fabriqués avec notre lait par un restaurateur d’Herbignac » commente Jean-Michel. Plutôt que d’investir dans un laboratoire, le producteur a préféré sous-traiter et s’estime très satisfait de cette solution. « Tout le monde s’y retrouve. Nous, éleveurs, parce que nous valorisons notre lait avec un partenaire sans pour autant y consacrer beaucoup de temps. Le restaurateur élargit sa clientèle et le consommateur a droit à un produit de qualité, on ne peut plus local, en circuit court ». Effectivement, sur place en milieu d’après-midi, force est de constater le succès du lait entier, mais aussi du riz au lait au caramel au beurre salé ou de la semoule à la confiture. Thierry, artisan, est un client fidèle : « Côté goût, c’est incomparable. Même si c’est un peu plus cher, on s’y retrouve largement au niveau de la qualité. » Un sexagénaire s’arrête avec son pot à lait : « Je n’habite pas là, mais je m’arrête systématiquement quand je passe par ici » déclare-t-il.
50 litres par jour
Côté économique, le Gaec a investi 52 000 euros avec un crédit sur 7 ans. Cette somme comprend tout y compris le terrassement qu’il a fallu faire avant de poser le distributeur et le branchement électrique. « Nous remboursons 625 euros par mois et vendons le litre de lait 1 euro. Nous devons donc en vendre minimum 600 litres par mois, sans compter les desserts au lait cru. Or, nous sommes sur une moyenne de 50 litres par jour, mais nous manquons de recul » explique Jean-Michel. Les producteurs ne s’arrêtent pas là et réfléchissent à une véritable stratégie de vente, ce qui est plutôt nouveau pour eux. « Nous constatons un réel engouement autour de nos desserts ; nous souhaitons donc élargir notre clientèle aux entreprises ou coopératives pour leurs repas, vendre via des Amap* et proposer l’offre aux épiceries fines. » Jean-Michel, qui consacre environ 1 heure un quart par jour à cette activité, tient aussi à poursuivre la vente directe sur les marchés et les dégustations le samedi matin à côté de son distributeur. Car si le premier objectif est bien la valorisation du lait, le lien créé avec le consommateur est aussi un moteur pour ces agriculteurs. « Les gens sont demandeurs de contacts avec nous. Les circuits courts ont de l’avenir. Cela permet aussi de changer le regard sur notre profession, voire de la faire connaître tout simplement. »
* Association pour le maintien d’une agriculture paysanne
Gaec de la Chalandière (44)
55 VL
500 000 l
2 UTH